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« Mon travail plastique se déploie à travers une pluralité de médiums et de sujets rassemblés par la quête d'une joie émancipatrice et militante. Je puise dans une imagerie issue du Moyen-Âge et des lieux communs oniriques qu'il entraine (châteaux, créatures et magie), mais aussi dans les champs de l'enfance, du domestique ou de l'art naïf afin de rendre femmage à celles que l'on a oubliées. Je pense par exemple à Hildegarde de Bingen, une moniale bénédictine du 11ème siècle qui, certes, est connue et souvent citée comme l'une des femmes médiévales célèbres, mais dont on entend beaucoup moins raconter son histoire d'amour lesbienne avec Richardise, dont elle a été brutalement séparée. Je pense aussi à Jeanne de Belleville, première femme pirate sanguinaire du 14ème siècle, dont la devise était : « Pour ce qu'il me plest », ou à Hildegonde-Joseph ou Eugénie-Eugène, dont j'ai appris les noms et les destins en lisant Les Genres Fluides de Clovis Maillet.

Je considère que les images que je produis agissent comme une sorte de Cheval de Troie : elles représentent des scènes à première vue identifiables grâce aux topoïs que sont les figures enfantines et médiévales de princesses, monstres et châteaux. Elles sont aussi accessibles grâce aussi à leur apparence très colorée et la brillance des plastiques et émaux que j'utilise. Mais si l'on y regarde de plus près, surgissent humour, émancipation et résilience. Et c'est ainsi que Fifi Brindacier se retrouve à accompagner des créatures hybrides mi-femmes, mi-animales ou végétales, et des chevalières telles que Marguerite de Beverly, Jeanne de Belleville ou la Quichotte. La première (Fifi Brindacier) est l'héroïne de mon enfance et de la gracieuse irrévérence. Marguerite de Beverly, (13ème siècle) elle, fut une chevalière qui, n'ayant pas de heaume, partit en croisade avec une casserole sur la tête, s'affublant ainsi d'un accessoire de cuisine, symbole d'oppression patriarcale pour aller combattre

des hommes. Jeanne de Belleville figure plus haut, et la Quichotte de Monique Wittig elle, sort duVoyage sans fin, sa fabuleuse réécriture lesbienne et féministe du Don Quichotte de Cervantes dans laquelle elle combat des « moulins-patriarcats » et défend ses amours lesbiennes.

L'idée de chevalières saphiques qui se battent dans le loufoque m'enchante.

Si les figures que je produis semblent échappées de contes misogynes, elles sont libres de leur corps et de leur cœurs, s'accompagnent d'amoureuses et apprivoisent les monstresses qui les oppressaient dans un passé lointain. Les hiérarchies artistiques, sociales et de genre tendent à être effacées, le plastique devient verre, les sculptures sont costumes, les céramiques sont peintures et les murs s'ornent de nappes en papier recouvertes de napperons en dentelle de cuisine dessinés. C'est dans ce même univers que surgit mon personnage d'alter-ego TroubaDure, une trobaïritz lesbienne que j'incarne lors de performances-concerts durant lesquelles je chante des chansons anciennes sur des instrumentales de rap.

En lisant la réédition du Voyage sans fin, j'ai découvert dans sa préface un texte de Wendy Delorme qui m'a bouleversée et qui pourrait être LA note d'intention de mon travail. C'est pourquoi je ne peux que finir en en citant un extrait : « Mon âme contient tant de récits à la gloire des amantes-chevalières que je peux rebâtir les murs de toute une ville, et même la peupler ».»

 

 

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“My artistic practice unfolds across a plurality of media and subjects, brought together by the pursuit of an emancipatory and militant joy. I draw on imagery rooted in the Middle Ages and the dreamlike commonplaces it evokes (castles, creatures, and magic), but also on the realms of childhood, the domestic sphere, and naïve art, in order to pay femmage (a feminist homage) to those who have been forgotten.

I'm thinking, for instance, of Hildegard of Bingen, an 11th-century Benedictine nun who, while widely known and often cited as one of the great medieval women, is far less often discussed in terms of her love story with Richardis—a lesbian relationship from which she was brutally separated. I also think of Jeanne de Belleville, the first bloodthirsty female pirate of the 14th century, whose motto was “For what pleases me,” as well as Hildegonde-Joseph and Eugénie-Eugène, whose names and stories I discovered while reading Les Genres Fluides by Clovis Maillet.

I see the images I produce as a kind of Trojan horse: they depict scenes that are, at first glance, recognizable through familiar tropes—childlike and medieval figures such as princesses, monsters, and castles. They are also accessible through their highly colorful appearance and the glossy surfaces of the plastics and enamels I use. But upon closer inspection, humor, emancipation, and resilience begin to emerge. This is how Pippi Longstocking comes to accompany hybrid creatures—part woman, part animal or plant—as well as women knights such as Marguerite de Beverly, Jeanne de Belleville, and a feminized Quixote figure.

The first, Pippi Longstocking, is the heroine of my childhood and a figure of graceful irreverence. Marguerite de Beverly (13th century), for her part, was a woman knight who, lacking a helmet, went on crusade with a cooking pot on her head—thus donning a kitchen utensil, a symbol of patriarchal oppression, in order to fight men. Jeanne de Belleville has already been mentioned, and the Quixote figure, as reimagined by Monique Wittig, emerges from The Endless Journey, her extraordinary lesbian and feminist rewriting of Cervantes' Don Quixote, in which she battles “patriarchal windmills” and defends her lesbian loves.

The idea of sapphic women knights fighting in a zany register delights me.

While the figures I create may seem to have escaped from misogynistic fairy tales, they are free in their bodies and their hearts, accompanied by lovers, and capable of taming the monstrous women who once oppressed them in a distant past. Artistic, social, and gender hierarchies tend to dissolve: plastic becomes glass, sculptures become costumes, ceramics become paintings, and walls are adorned with paper tablecloths covered in drawn lace doilies. Within this same universe appears my alter ego, TroubaDure—a lesbian trobairitz whom I embody in live performance pieces, during which I sing ancient songs over rap instrumentals.

While reading the reissued edition of The Endless Journey, I discovered in its preface a text by Wendy Delorme that deeply moved me, and which could well serve as the defining statement of intent for my work. I can only conclude by quoting an excerpt: “My soul contains so many tales in praise of lover-knights that I could rebuild the walls of an entire city—and even populate it.””